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Archives pour la catégorie ‘Humeurs’

Les banques coopératives communiquent (plus ou moins bien)

19/07/2010

Ca fait pas mal de temps que je veux en parler, alors je me lance… Aujourd’hui, billet d’humeur sur la « nouvelle » campagne de com du Crédit coopératif qui, je l’avoue, m’a déçu. Je vous laisse admirer :

Selon moi, cette campagne peut difficilement toucher le grand-public. Je m’explique. Voulant délivrer un message didactique pour convaincre, elle devient complexe voire illisible (trop de texte tue le texte, non ?). Elle entend jouer sur les valeurs de la banque coopérative, mais en vient à donner des leçons (cf. le « J’en ai marre de penser qu’à moi », on ne peut plus culpabilisant). Et ne parlons pas de la bichromie qui donne une allure de tract syndical à cette campagne qui a tout de même tapissé les murs du métro parisien. Enfin, le principe du crayonné met trop de distance entre « Marie », « Olivier » et le lecteur qui ne peut, de fait, s’identifier à eux.

Bref, si l’objectif de ces pubs était de prêcher des convertis, c’est réussi. En revanche, pour attirer des personnes qui ne sont pas sensibilisées à l’épargne solidaire ou au modèle coopératif, il faudra repasser. Cette campagne de com’ ne travaille pas en faveur de l’économie sociale et solidaire qui est – encore et toujours – dépeinte comme un concept pas très fun, compliqué à appréhender, réservé à des initiés.

Bon, je ne peux pas conclure ce billet sur une note aussi critique. Non, parce qu’il y a des acteurs de l’ESS qui communiquent efficacement : le Crédit mutuel avec sa dernière campagne, par exemple.

Ces clips (réalisés par l’Agence H) mettent très bien en avant les bénéfices que peuvent tirer les clients – pardons les sociétaires – des services et des valeurs des banques coopératives. Pas besoin de longs discours, la preuve par l’exemple et l’humour suffit.

Pour ceux qui souhaitent devenir fan du Crédit coopératif sur Facebook (parce que niveau réseaux sociaux, ils sont quand même bons au Crédit coop), c’est ici.

Campagnes de com, Coopératives, Finance solidaire, Humeurs , ,

Sondage OpinionWay/Avise : l’insertion par l’activité économique confrontée à son manque de notoriété

06/05/2009

Microsoft Word - 02 - IAE - Presentation gale.docJe dois avouer qu’en découvrant les résultats d’un sondage* commandé par l’Avise à Opinion Way sur la notoriété de l’Insertion par l’activité économique (IAE), j’ai failli tomber de ma chaise. Cette étude, dévoilée lors des Assises des CDIAE, révèle en effet que pas moins de “60% des Français auraient déjà entendu parler de structures d’insertion par l’activité économique “ …

Etant chargé de communication d’une fédération de l’IAE, ces chiffres m’apparaissent comme étant quelque peu fantaisistes. Si l’IAE souffre d’un mal c’est bien celui d’un manque chronique de notoriété. J’en veux pour preuve le niveau de connaissance – plus que faible – des journalistes de la presse généraliste quant à ce secteur… journalistes qui sont censés être, peu ou prou, représentatifs de l’opinion publique et qui, même en ces temps de crise, ont du mal à se passionner pour l’insertion. Les témoignages quotidiens des entreprises de l’IAE permettent également d’infirmer les résultats du sondage. Chaque jour, ces entreprises se frottent à l’ignorance des décideurs et du grand-public.

Je ne vois franchement pas l’intérêt de diffuser ce genre de données. Pour rassurer le secteur ?! L’insertion par l’activité économique et ses acteurs n’en ont nul besoin. Au contraire, ils devraient davantage être confrontés à leur manque de notoriété pour prendre conscience de leurs difficultés à communiquer et mieux les dépasser…

Heureusement, le volet qualitatif de l’enquête qui s’appuie sur des entretiens avec des entrepreneurs recourant à l’IAE, est riche de quelques enseignements. Ils auraient pu être davantage exploités lors des Assises des CDIAE.

L’enquête révèle ainsi un contraste entre la perception des entreprises de l’IAE avant et après le partenariat engagé avec les entreprises “classiques”. En amont, les gérants de PME ont une “vision partielle du secteur, qui paraît flou, complexe et peu fiable”. Mais une fois le partenariat engagé, “cette image mue vers des attributs beaucoup plus positifs : compétence, adaptabilité, responsabilité sociale de l’entreprise”. Un dirigeant de PME tente d’expliquer cet état de fait par le manque de communication des acteurs : “Ils ne communiquent pas suffisamment, et surtout pas suffisamment bien. Je suis persuadé qu’ils toucheraient bien plus d’entreprises en communiquant efficacement ”.

L’une des solutions pour aller à l’encontre des idées reçues et maximiser la notoriété des acteurs de l’IAE serait donc le « plus communiquer » ou plutôt le « mieux communiquer ». On ne peut être que d’accord avec le diagnostic… Pour poursuivre la discussion, voici quelques – modestes – pistes de réflexion qui permettraient peut-être au secteur de se (mieux) faire connaître et comprendre.

Aux têtes de réseaux, la valorisation du secteur
Pour augmenter la notoriété de l’insertion par l’activité économique, les fédérations et autres têtes de réseaux devraient entreprendre, au niveau national, des actions de communication faisant la pédagogie du secteur : déjeuners presse thématiques, organisation de conférences débats ouvertes au grand public (à l’image des AlterMardis du Groupe SOS)… Le CNIAE devrait d’ailleurs être moteur de ce type d’événements.

Favoriser les actions collectives en inter-réseaux
L’une des – regrettables – spécificités de l’IAE est la multiplicité de ses têtes de réseaux. Pas moins de huit voire neuf fédérations (ou réseaux) défendent les intérêts d’acteurs de l’IAE, et disent plus ou moins la même chose… mais différemment. Le secteur gagnerait en visibilité (et surtout en crédibilité) si les têtes de réseaux multipliaient les actions de communication concertées et unifiées. Pourquoi ne pas créer une semaine nationale de l’IAE qui permettrait de sensibiliser les médias et le grand-public (le micro-crédit et le commerce équitable ont bien leur semaine et quinzaine respectives…) ? Le mois de l’économie sociale et solidaire doit également être une fenêtre de tir pour entreprendre des actions de communication collectives et réaffirmer haut et fort une appartenance au secteur de l’ESS à côté d’autres acteurs du secteur.

Communiquer par la preuve
Les acteurs de l’IAE éprouvent des difficultés à disposer de solides données chiffrées et, partant, de communiquer sur leurs poids économiques. Des initiatives comme l’observatoire des entreprises d’insertion mis en place par le CNEI devraient être encouragées et multipliées. Les réseaux de l’IAE devraient également pouvoir diffuser des chiffres valorisant l’impact social des acteurs du secteur. Jusqu’à présent, seules des études régionales ont été menées et les chiffres traduisant le retour sur investissement qu’offrent les entreprises de l’IAE à leurs financeurs font défaut.
Il est également incontournable de valoriser les actions locales des entrepreneurs de l’insertion par l’activité économique. A eux de faire connaître à la presse locale leurs initiatives souvent originales et aux têtes de réseaux de les communiquer auprès des médias nationaux pour illustrer très concrètement les innovations du secteur.

S’appuyer sur des porte-paroles charismatiques
Enfin, et cette problématique est inhérente à l’ensemble de l’ESS, l’IAE devrait pouvoir s’appuyer sur des représentants emblématiques – de préférences médiatiques – qui seraient les porte-paroles du secteur.

Voila pour les premières pistes de réflexion, qui j’en ai bien conscience, ne sont qu’embryonnaires. Je tâcherai de les enrichir au fil du temps (et au fil de mes expériences).

N’hésitez pas à me faire part de vos idées et commentaires !

 

* L’échantillon, représentatif de la population française, est composé de 995 personnes. Les personnes interrogées sont issues de Newpanel, le panel en ligne représentatif d’OpinionWay. L’échantillon, interrogé entre le 8 et le 9 avril 2009, a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de secteur d’activité.

 
Plus d’informations : Télécharger le dossier de presse des Assises des CDIAE.

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De l’art d’être anti-communicant…

06/01/2009

Premier coup de gueule sur communication-solidaire.com suite à la parution d’un courrier de lecteur dans le Journal de l’Action sociale de décembre 2008, dont je vous laisse prendre connaissance : 

J’ai reçu […] une invitation à la conférence “Économie sociale : quelles stratégies de développement ?”, organisée le mardi 27 janvier 2009 à la Maison de la Chimie par Les Échos, en partenariat avec le Ceges, PriceWaterhousesCoopers, le Groupe Caisse d’Épargne, l’IFA, Chorum, le Coorace, le Crédit Coopératif, la Mutualité Française et PUna.

Jeune retraité, ancien responsable de la licence professionnelle Management des organisations de l’économie sociale à l’université de Marne-la-vallée, je me suis dit : “tiens, une conférence intéressante pour un retraité !”. Je comptais donc m’inscrire, la conférence étant aussi ouverte à tous ceux qui sont concernés par le développement des entreprises de l’économie sociale.

Je ne m’inscrirai pas. Tarifs d’inscription : 358,80 euros TTC pour les entreprises de l’économie sociale, 1136,20 euros TTC pour les autres. Je suis furieux, choqué, humilié.

Furieux! 1136,25 euros! Comment l’économie sociale accepte-t-elle qu’un Smic mensuel soit dépensé par une personne en une seule journée ? C’est une honte !

Choqué ! Comment le Ceges ose-t-il co-organiser une conférence hors de prix au moment même où est attendue la publication de la loi généralisant le RSA et réformant les politiques d’insertion, où rouvrent les Restos du coeur, où peuvent commencer les recours prévus par la loi sur le droit au logement opposable ? L’argent des inscriptions ira-t-il au Ceges ? au Groupe Caisse d’Épargne ? Quelles leçons ce groupe a-t-il à donner pour le développement des entreprises de l’économie sociale dans une période de crise mondiale où il a jeté par la fenêtre de l’argent de ses épargnants ? C’est une honte !

Humilié ! Le mot “valeurs” est certes plusieurs fois utilisé dans le texte d’invitation. Mais pas une seule fois le mot “hommes” et “femmes” ! Comment oser discuter des stratégies de développement de l’économie sociale sans mentionner une seule fois le rôle essentiel que les salariées et les salariés jouent dans ce développement ? Comment donner confiance dans cette économie aux milliers de jeunes de l’enseignement supérieur formés et diplômés chaque année dans toutes les universités françaises !

C’est une honte !

Bref, il faut que la conférence du 27 janvier 2009 soit annulée !

Cette réaction est à mon sens contre-productive : elle va à l’encontre de l’effort d’ouverture et de lisibilité que fait le Ceges en organisant cette conférence

Elle cantonne l’économie sociale et solidaire (ESS) à un cercle d’experts soi-disant garants d’un idéal humaniste. Ce qui est exaspérant c’est que des valeurs a priori nobles sont  instrumentalisées pour servir un discours d’un autre temps qui nuit à la visibilité et à la reconnaissance d’un secteur entier. 

Ces mêmes valeurs sont à mon sens mobilisées à des fins personnelles, puisqu’elles permettent à ce lecteur “furieux, choqué et humilié” de se positionner comme LE défenseur de la solidarité. C’est une attitude fréquente dans ce secteur : ne pouvant accéder au pouvoir de l’argent (on devine bien pourquoi), certains entament une course au pouvoir de la morale en se drapant dans de grands idéaux… le tout, bien entendu, pour se valoriser. Cela contribue à alimenter les idées reçues selon lesquelles le secteur de l’ESS est un repère d’idéalistes et d’utopistes patentés. Ce qui est bien entendu incorrect. La plupart des acteurs de l’ESS sont des entrepreneurs confrontés aux mêmes impératifs économiques que les entreprises “traditionnelles” et qui en plus, ont fait le choix de mettre l’Homme au coeur des préoccupations.  

Je conclurai en criant haut et fort que la conférence du 27 janvier 2009 doit avoir lieu ! La démarche du Ceges va dans le bon sens :  en organisant ce type de manifestation, il permet à l’économie sociale et solidaire de mieux se faire comprendre et d’aller à la rencontre de nouveaux publics. Bref, à être pragmatique et conscient des enjeux actuels. Deux postures que devraient adopter les acteurs du secteur!

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