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Le secteur privé, l’avenir de l’ESS (?)

25/09/2010

Soyons honnêtes, chez les acteurs de l’économie sociale et solidaire comme ailleurs, certains clichés ont la vie dure. L’idée selon laquelle le secteur privé serait le mal absolu (j’exagère à peine) et qu’il ne serait bon qu’à faire du green-washing et à récupérer les bonnes idées des innovateurs sociaux en est un parfait exemple. Pourtant, des ponts sont à construire entre le monde de l’entreprise et l’économie sociale et solidaire. C’est inévitable : le privé va devenir l’une des sources incontournables de financement de l’ESS. Les acteurs de l’économie sociale et solidaire vont par conséquent devoir se rapprocher des entreprises et de leurs fondations. Ils ont certes déjà pris l’habitude d’aller frapper à la porte des « grands » acteurs de l’ESS (Crédit Coopératif, Macif, Maif, etc.), mais il faudra bien passer à la vitesse supérieure.

À ce sujet, on peut dire ce que l’on veut, mais l’Amérique du Nord est un territoire où le monde de l’entreprise et le secteur associatif ont appris travailler l’un avec l’autre en bonne intelligence. Lors de mon année au Québec, j’ai d’ailleurs découvert des partenariats très fructueux entre business et non-profit. En voici quelques exemples qui pourraient être des sources d’inspiration.

Gaz Métro contre le décrochage scolaire dans un quartier
80-ruelle-de-l-avenirGaz Métro, principal distributeur de gaz au Québec, a investi plusieurs millions de dollars dans le 80, ruelle de l’Avenir. Destiné aux jeunes des quartiers défavorisés de Centre-Sud et Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, le 80, ruelle de l’Avenir vise à contrer le décrochage scolaire chez les jeunes par l’acquisition de connaissances transversales. Ce lieu éducatif et associatif fournit aux enfants et aux ados les moyens de développer leur potentiel dans de multiples domaines. Il comprend ainsi un studio multimédia, un atelier Internet, une salle de danse, un centre des arts et des sciences, un laboratoire d’horticulture, une cuisine… Tous ces services sont offerts grâce à l’engagement de Gaz Métro. Le distributeur de gaz a en effet fait appel à ses clients et à ses salariés pour lever des fonds ou fournir des services pro bono aux acteurs associatifs à l’origine du 80, ruelle de l’Avenir.

Maison du développement durable : 5 millions sur 5 ans
Equiterre, organisme environnementaliste québécois, et huit autres associations ont eu une idée folle : bâtir en plein cœur de Montréal la Maison du développement durable, futur pôle d’information, d’éducation et d’innovations du développement durable. Pour financer en partie ce projet estimé à plus de 25 millions de dollars, Equiterre s’est tourné vers le monde des affaires pour trouver pas moins de 5 millions d’ici 2012. Et la sauce prend : Rona (l’équivalent de Leroy Merlin), Bell (le France Telecom québécois) ou encore Desjardins (LA banque coopérative de la Belle Province) ont d’ores et déjà confirmé leur investissement financier et humain dans l’opération.

La Tablée des chefs ou comment mobiliser les entreprises autour de la redistribution alimentaire
L’idée de Jean-François Archambault, fondateur de la Tablée de chefs est simple : récupérer les ‘restes’ alimentaires des événements d’envergure et les réinjecter dans les banques alimentaires pour distribuer la nourriture aux personnes dans le besoin. Cet entrepreneur social a réussi à fédérer les plus grandes entreprises québécoises (Banque nationale, Rona, Desjardins, SAQ, etc.) autour des missions de son association. Chaque année, ces firmes mettent la main au porte-monnaie pour soutenir la Tablée des chefs. Les investissements annuels atteignent plusieurs milliers de dollars, sans compter l’implication des salariés du privé dans le projet de Jean-François Archambault.

Des exemples comme ceux-ci, il y en a des dizaines (pour ne pas dire des centaines) au Québec. Ce qui est intéressant, c’est que les associations d’échelle nationale tout comme les petites associations de quartier ont appris à nouer des partenariats gagnant-gagnant avec le monde de l’entreprise. On trouve d’ailleurs des responsables de l’action communautaire (comprenez ‘vie associative’) dans de nombreuses entreprises québécoises. Leur rôle : être branché en permanence aux acteurs associatifs pour repérer les projets sociaux émergents et déterminer lesquels d’entre eux recevront ou pas le soutien financier et humain de leur entreprise.

Ne vous méprenez pas : l’idée n’est pas de plaquer ce mode de fonctionnement au système français. Mais la situation étant ce qu’elle est (constante diminution des financements publics), les acteurs de l’ESS vont devoir mettre de côté leurs beaux idéaux pour renouer avec un peu de pragmatisme. D’autant que les entreprises françaises s’intéressent de plus en plus aux acteurs de l’économie sociale et solidaire et peuvent leur apporter un véritable soutien financier et logistique.

trophees-des-assoDernier exemple français en date : la Fondation EDF Diversiterre et ses Trophées des associations. Avec cette opération, la fondation récompense les petites associations dont l’action locale bénéficie aux moins de 26 ans. 300 000 euros sont répartis entre 30 associations, les premières d’entre elles recevant la coquette somme de 20 000 euros. Avec les Trophées des Associations, la Fondation EDF Diversiterre souhaite « encourager le travail de ces acteurs locaux et de leurs responsables associatifs qui dans l’ombre font un travail indispensable ».
L’originalité des Trophées réside dans la volonté de proximité, les fondations françaises nous ayant surtout habitués à soutenir les « grosses » ONG ou associations (cf. par exemple SFR qui soutient actuellement Emmaüs dans le lancement d’une offre mobile solidaire). Avec les Trophées des Associations, il s’agit de porter l’attention sur les petites structures locales « qui ne demandent qu’à développer leurs actions, et d’inciter le tissu des bénévoles à poursuivre leurs initiatives à travers la France ». Car nouveauté 2010, les associations qui s’inscriront aux Trophées pourront faire part de leur besoin en bénévoles via le site de l’opération. Autre nouveauté 2010 : les salariés d’EDF volontaires vont devenir les parrains des associations récompensées, histoire de nouer des liens durables entre les lauréats et l’entreprise.

ashokaPour conclure sur le sujet, je parlerai d’Ashoka Support Network (ASN). Imaginé par Ashoka France, ASN est la preuve concrète que le monde de l’entreprise est prêt à collaborer activement et de manière originale avec le tiers secteur. Le principe en est simple : les membres d’ASN – des dirigeants d’entreprise, des consultants, des avocats, etc. – apportent un soutien financier (minimum 10 000 € par an pendant 3 ans) à Ashoka et conseillent les entrepreneurs sociaux sur le développement de leur activité. En retour, les membres d’ASN ont accès à des voyages d’étude pour aller à la rencontre d’innovateurs sociaux étrangers et peuvent permettre à leurs enfants de réaliser des stages chez des Fellows d’Ashoka. Un moyen de sensibiliser les nouvelles générations et le monde des affaires à d’autres modes d’entrepreneuriat.

Les frontières (pour ne pas dire les barrières) entre le secteur privé et l’ESS tombent donc peu à peu. Il faut s’en réjouir et imaginer des modes de collaboration originaux avec les entreprises. Laissons de côté les postures idéologiques pour imaginer l’économie sociale et solidaire de demain : une ESS moins dépendante de l’obole publique, toujours plus créative et résolument pragmatique.

Pour les acteurs associatifs souhaitant concourir aux Trophées des associations ou pour les personnes qui souhaitent recommander leur association préférée, c’est ici et c’est jusqu’au 10 décembre prochain.

Pour approfondir le sujet sur la philanthropie au Québec, je vous conseille le blog La Fontaine de pierres.

Et pour plus d’infos sur la Venture philanthropy qui se développe de plus en plus aux USA, voici un billet que j’avais écrit il y a quelques temps.

A l'étranger, Fondation , , , ,

YESS!2010, grand-mESSe grenobloise

12/09/2010

logo-yess2010Je reviens de YESS!2010, ce festival grenoblois qui, le temps d’un week-end, a réuni 150 acteurs de l’ESS pour faire découvrir au grand-public une facette différente de l’économie. Après une journée passée à sillonner les stands, échanger mes SOLs et à participer aux discussions-débats, je dois dire que je suis très enthousiaste mais néanmoins perplexe.

Enthousiaste parce que Alpesolidaires, l’organisateur de cette grand-mESSe, a accompli l’exploit de réunir des acteurs aussi différents que les grands groupes mutualistes (Maif, Macif, etc.), des amap, la Nef ou encore d’ardents défenseurs du logiciel libre. Tous ont accueilli le grand-public et ont fait preuve de pédagogie pour vulgariser leurs activités. Le temps d’un week-end ces acteurs ont finalement apporté la preuve qu’ensemble, ils participaient d’un projet social commun : celui de l’économie sociale et solidaire.

Enthousiaste aussi, puisque le grand-public a pu découvrir en pratique d’autres modes de consommation, et ce grâce à des actions et des événements très concrets : marché solidaire dédié au commerce équitable, paiements avec une monnaie alternative, défilé de mode éthique, vente de boissons bio à la buvette, et même… utilisation de toilettes sèches ! Attiré par l’ambiance conviviale et festive qui régnait dans le Parc Mistral, le public – essentiellement des familles – a ainsi répondu présent. L’affluence était impressionnante (dimanche, les organisateurs annonçaient une fréquentation de 19 000 visiteurs). La preuve en images :

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Enthousiaste enfin parce que les collectivités territoriales ont manifesté durant tout le week-end leur appui à l’ESS. La Ville de Grenoble, la communauté d’agglomération ou encore la Région Rhône-Alpes représentées par leurs élus et chargés de mission ESS ont apporté un soutien financier conséquent à cet événement.

Mais alors, pourquoi être perplexe face à un tel succès ? Et bien parce l’aspect « économique » de l’ESS a été très peu mis en avant pendant ces deux jours. On affirme haut et fort que les acteurs de l’ESS participent au développement économique local, mais durant YESS!2010, on a davantage eu l’impression de participer à un « classique » forum des associations de quartier en plein air plutôt qu’à un rendez-vous d’acteurs économiques qui entreprennent, créent de l’activité et travaillent différemment. Le poids économique de l’ESS locale a à peine été évoqué, alors que 15% des emplois grenoblois sont issus de l’économie sociale et solidaire !

Par ailleurs, les volets « entrepreneuriat » et « emploi » n’ont pas été suffisamment mis en avant. Le concours du meilleur projet de création d’activité en ESS, fort prometteur a priori, n’a ainsi pas été valorisé comme il le méritait. La remise du prix s’est faite à la va-vite (de façon presque improvisée) alors qu’elle aurait pu – aurait dû – être un événement central de YESS. D’autant que quelques journalistes été présents pour couvrir l’événement (je serais d’ailleurs curieux de savoir comment ils ont perçu cette remise de prix).

Au final, qu’auront retenu les visiteurs de YESS! 2010 ? Que le territoire grenoblois regorge d’associations, certes ! Qu’il existe d’autres modes de consommation, bien sûr ! Et on ne peut que s’en réjouir… Mais auront-ils compris qu’ils ont côtoyé pendant tout le week-end des innovateurs sociaux qui portent en leur sein un changement radical de modèle économique et de société ? Bref auront-ils entrevu la possibilité d’une autre économie, d’un autre type d’entrepreneuriat ? J’en doute…

Pour conclure, j’ajouterais que l’ESS ne sera crédible que si elle apporte la preuve qu’elle est une économie porteuse de solutions et créatrice d’emplois et d’activités innovantes à forte valeur ajoutée sociale. N’oublions pas que le concept d’ « économie sociale et solidaire » est utilisé entre autres pour à aller à l’encontre des perceptions – souvent erronées – que l’on se fait du secteur associatif (solidaire certes mais pas viable économiquement). YESS!2010 aurait pu être le lieu et le moment pour illustrer ce potentiel économique. Ca n’a pas forcément été le cas. Mais je suis sûr que ce n’est que partie remise (on attend avec impatience la deuxième édition). C’est tout le mal qu’on souhaite à l’ESS grenobloise.

Retrouvez tous les tweets de YESS!2010.

Et enfin, le reportage réalisé par la Métro, la communauté d’agglo de Grenoble Alpes Métropole:


YESS! Le succès !
envoyé par grenoblealpesmetropole. – L’info video en direct.

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